On pourrait penser, en regardant l’épisode DATADOCK que la nouvelle certification qualité obligatoire pour tous les CFA serait une simple formalité. C’est une grave erreur de sous-estimer le travail à faire pour respecter les 32 indicateurs. D’autant plus que l’individualisation par rapport aux besoins à court terme des jeunes et des entreprises devient une norme avec l’indicateur n°13. Parlons-en !

La certification qualité validée par France Compétence, surement entérinée mi-avril par le Conseil d’Etat, vient piocher dans plusieurs référentiels “qualité” existants.

D’abord, il reprend les fondamentaux de Datadock avec les procédures autour de l’information des publics, la mobilisation des outils et des compétences ainsi que le respect de la législation de la formation professionnelle.

Ensuite, nous avons un gros emprunt de la norme ISO 9001, sur la gestion d’un système d’amélioration continue, avec le recueil des retours clients, le traitement des non-conformités, et la mise en place d’un plan d’actions correctives.

L’évaluation des compétences des salariés et des prestataires, l’obligation de formation, ou la compréhension de son environnement économique, réglementaire, technique et pédagogique est aussi rattaché à l’ISO VS 2015.

La nouveauté est sur les indicateurs pédagogiques “opérationnels” dont la mise en place du n°13 charpente les n° 6, 8, 10, 11 et 12.

 En détail :

“Lorsque le prestataire met en œuvre des formations en alternance, le prestataire, en lien avec l’entreprise, anticipe avec l’apprenant les missions confiées, à court et à long terme, et assure la coordination et la progressivité des apprentissages réalisés en centre de formation et en entreprise.”

Nous avons trois notions importantes à retenir dans cet indicateur :

  • anticiper
  • missions confiées à court et à long terme
  • coordinations et la progressivité

On pourrait le traduire par “ les formateurs doivent être capables d’identifier des besoins entreprises sur le court terme et adapter leur formation pour y répondre tout en respectant le référentiel de certification.”

Par cet indicateur est introduite l’individualisation de la formation pour anticiper des missions à court terme (c’est à dire en lien avec des besoins de production imminents) en entreprise.

La mise en place de cette nouvelle ingénierie pédagogique va nécessiter de travailler sur plusieurs points :

  • la transformation de référentiels en une multitude de grains de formation compréhensibles par le jeune et l’entreprise.
  • la conception de ressources pédagogiques numérisées en face de chaque grain de formation
  • la mise en place d’un modèle pour la prise de commande de l’entreprise
  • le suivi des besoins identifiés et de la réponse qui leur est apportée
  • le suivi des compétences des apprenants
  • l’accompagnement des formateurs dans leurs pratiques

Cet indicateur est le premier à mettre en place afin ensuite de dérouler l’approche pour les autres.

 Indicateur 6 :

On nous demande de mettre en place les ressources pédagogiques par rapport aux objectifs de la formation et de les adapter aux stagiaires. Une modalité beaucoup plus simple, quand le CFA a déjà découpé l’ensemble de son référentiel et qu’il possèdent autant de ressources pédagogiques que de grains de formation. La modularisation de sa formation réalisée en amont lui permettra sans aucun soucis de répondre à cet indicateur.

Indicateur 8 :

Comme dans Datadock, le positionnement en amont de la formation est obligatoire. Le CFA doit être capable d’identifier les compétences maîtrisées par l’apprenant pour adapter ensuite la formation. Une fois que le travail est réalisé pour le 13, l’individualisation ne sera plus un problème. Par contre, il restera à mettre en place les outils de positionnement en amont de la formation.

Indicateur 10 :

Celui-ci est pour moi complètement redondant avec le 13. Son seul intérêt est de demander cet exercice aux organismes de formation non CFA qui ne sont pas concernés par l’indicateur spécifique. Les fondamentaux de l’individualisation et de la modularisation qu’on utilise pour répondre aux besoins imminents de l’entreprise sont donc respectés de fait.

Indicateur 11 :

L’évaluation devient obligatoire pour tous les organismes de formation. L’indicateur n°13 dans ses fondamentaux nécessite de fait la mise en place d’une évaluation afin de valider si le candidat a été capable de réaliser la mission confiée par l’entreprise. Dès lors, l’enjeu est davantage centré sur la complétude de l’évaluation que sur sa systématisation, acquise de fait : il s’agira notamment de veiller à ce que la totalité de l’activité du référentiel soit évaluée et pas seulement la partie correspondant à la mission.

 Indicateur 12 :

Anticiper les missions à court terme de l’entreprise revient à identifier les difficultés que rencontrent l’apprenti en terme de compétence. Si le formateur est capable de demander ce que le jeune doit améliorer ou apprendre pour la prochaine alternance, automatiquement il sécurise son parcours. Cette démarche est d’autant plus importante qu’elle apporte une dynamique d’apprentissage chez les apprenants. Rien de plus motivant que de savoir à quoi va servir à court terme le savoir, de se rendre compte qu’elle sert à mon employeur et qu’on est valorisé. Si le formateur arrive à lui rendre service pour être performant en entreprise, l’engagement du jeune dans son parcours pédagogique sera extrêmement renforcé.

Vous vous rendrez très rapidement compte que la mise en place de l’indicateur n°13 par vos formateurs vous permettra sans réel effort supplémentaire de respecter les indicateurs n° 6, 8, 10, 11 et 12.

Sa mise en place nécessite une évolution des pratiques des formateurs et automatiquement un accompagnement au changement. Un projet qu’il vaut mieux anticiper dès maintenant, quelle que soit l’échéance de votre certification qualité !

Autre sujet : se faire accompagner dans sa certification qualité.