7 salariés sur 10 ont été touchés par le syndrome de l’imposteur. Il est plus présent chez les femmes que les hommes. Il est très présent dans notre société où l’echec est encore mal vu.

Les réseaux sociaux étalent la réussite des autres créant des comparaisons bloquantes pour beaucoup d’entre nous. 

Pourtant ce n’est pas une fatalité ! Nous pouvons nous en sortir, avancer, grandir et avoir nos moments de succès. Accepter les compliments, écarter les gens toxiques, ça s’apprend !

Un regard croisé avec une entrepreneuse et un psychologue du travail : 

Elfie Morel – Fondatrice de l’entreprise Elwenn – colorations capillaires végétales

Adrien Chignard – Psychologue du travail – Fondateur de Sens et Cohérence.

Episode animé par Morgan Marietti,

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Version écrite :

Aujourd’hui, nous allons parler d’un sujet que vous avez peut-être rencontré personnellement ou au sein de votre équipe en tant qu’entrepreneur ou manager. Il s’agit du syndrome de l’imposteur. Nous allons en discuter avec Elfie Morel qui est entrepreneuse et Adrien Chignard qui est psychologue du travail et de l’organisation.

Qui êtes-vous ? 

Elfie, est-ce que tu peux te présenter ? 

Elfie Morel : Je suis Elfie Morel, la fondatrice d’une marque qui s’appelle Elwenn, ce sont des colorations capillaires végétales, donc 100% naturelles et éco responsables avec un côté local et zéro déchet. Aujourd’hui, je pense que nous ne pouvons pas nous lancer dans l’entrepreneuriat sans prendre cette dimension-là.

Depuis combien de temps ?

Elfie Morel : Le projet vient juste d’être créé, il est tout récent, mais cela fait plus d’un an et demi que je travaille dessus. C’est un travail de longue haleine. 

Comment arrive-t-on aujourd’hui dans le cosmétique ? 

Elfie Morel : Je suis ingénieure chimiste, j’ai travaillé pendant plusieurs années dans des laboratoires de recherche et de développement. Mon métier est la formulation, donc créer de nouveaux produits cosmétiques, suivre les tendances du marché et innover. J’ai vraiment vu un potentiel dans les produits naturels et éco-responsables, puis dans les colorations végétales puisque le marché est plutôt drivé par les colorations chimiques. C’est vraiment une niche qui est émergente pour l’instant 

Adrien, psychologue du travail, c’est une autre dimension en termes de métier. Je te laisse te présenter.

Adrien Chignard : Oui. Je suis un petit peu moins spécialiste des colorations végétales, je dois le reconnaître. Je suis un garçon mono-compétent, je ne sais faire que de la prévention des risques psychosociaux en situations de travail, cela fait maintenant 16 ans que je le fais. J’ai trois activités. Je dirige un cabinet de conseil centré sur les problématiques de travail complexe. J’enseigne dans trois universités sur les liens entre santé, changement et organisation du travail. J’écris des livres sur les méthodologies d’intervention en situations de crise humaine au travail.

Vous avez bien compris, l’objectif était d’avoir un regard croisé entre vous deux sur le sujet du syndrome de l’imposteur, de pouvoir partager l’expérience d’un côté plutôt clinique et de l’autre plutôt personnel et professionnel. Attention, pas besoin de stigmatiser, il est dit que sept individus sur 10 ont connu le problème du syndrome de l’imposteur. Je pense que tout le monde l’a déjà subi, moi y compris. Ce n’est pas anodin. 

Le syndrome de l’imposteur, qu’est-ce que c’est ? 

Nous allons commencer par une simple question. Adrien, qu’est-ce que le syndrome de l’imposteur ?  

Adrien Chignard : Comme tu dis, 70% de la population l’a vécu ou le vivra un jour, c’est quelque chose d’extrêmement répandu. Cela nous arrive, quasiment à tous, au cours de notre vie. Nous avons souvent un regard sur des troubles comme celui-ci, qui peuvent faire peur, comme ce que nous appelons des attaques de panique. La plupart des gens connaîtront une attaque de panique une fois dans leur vie. C’est désagréable, mais ce n’est pas grave. Pareil, le syndrome de l’imposteur est désagréable, mais il n’y a pas du tout de gravité pour la santé mentale ni physique. Le syndrome de l’imposteur est toujours une triade. Il est à la fois le sentiment de tromper son monde, l’impression de « je me fais passer pour ce que je ne suis pas » ou « l’on me prend pour plus compétent que je ne le suis réellement ». Il consiste également à réaliser ce que nous appelons des mauvaises attributions causales. 

Pour parler simplement, il est l’idée selon laquelle, pour des raisons périphériques, je réussis parce que j’ai de la chance. En revanche, quand je rate, c’est de ma faute parce que je n’ai pas été suffisamment bon. C’est une tendance à se sur-attribuer les échecs et à se sous-attribuer les réussites de façon globale, des attributions causales qui sont plutôt faussées. Puis, le dernier point, l’un de cette triade est la crainte d’être découvert en tant que tel, comme étant quelqu’un qui essaye de tromper son monde. Pour faire simple, le syndrome de l’imposteur est celui qui se pense moins compétent que ne le perçoivent les autres et qui culpabilise par rapport à tout cela.

Gérer les risques psycho-sociaux

Syndrome de l’imposteur, ton expérience là-dessus ?

Elfie, à quel moment as-tu ressenti cette difficulté ? 

Elfie Morel : Cela m’est clairement arrivé en me lançant dans l’entrepreneuriat. Je n’avais pas spécialement ce syndrome avant, même si j’avais un poste de cadre avec des responsabilités. Quoique, maintenant que j’en parle, je pense que je l’ai eu avant, mais je ne savais pas qu’il existait. Je n’en ai entendu parler que dans l’entreprenariat. Quand on nous attribue  des responsabilités dont nous ne nous sentons pas capables. Nous nous disons que nous n’avons pas forcément les compétences pour.

Avec l’entrepreneuriat, nous nous lançons dans quelque chose que nous ne connaissons pas, nous avons toujours l’impression que les autres entrepreneurs font mieux. On croit qu’ils ont plus de compétences, qu’ils s’y connaissent mieux que nous. Nous, à côté, nous ne sommes pas forcément préparés pour. 

Finalement, nous nous comparons toujours aux autres. En plus, les réseaux sociaux aujourd’hui n’aident pas. Nous y voyons surtout les réussites, même sur les réseaux sociaux professionnels comme LinkedIn, en l’occurrence « tel entrepreneur a réussi à lever des millions ». Nous voyons toujours les succès et pas vraiment les échecs. 

Pourtant, il y a beaucoup d’échecs dans l’entreprenariat, mais nous en parlons beaucoup moins, nous ne les mettons pas en avant. Nous avons donc l’impression que les autres font toujours mieux que nous. 

Syndrome de l’imposteur, qui peut en souffrir ? 

Est-ce que le syndrôme de l’imposteur est lié à l’entrepreneuriat ? Est-ce qu’il est spécialement féminin ou est-ce qu’il concerne aussi les hommes ? 

Adrien Chignard : Nous avons des éléments qui nous permettent statistiquement de voir comment cela se répartit. Nous voyons une surreprésentation des femmes, mais cela ne veut pas nécessairement dire qu’il n’est que féminin. Nous retrouvons aussi chez les hommes le syndrome de l’imposteur, même si nous savons qu’il est effectivement davantage marqué chez les femmes et chez les juniors. Nous savons également que, de façon interculturelle, le syndrome de l’imposteur est davantage marqué dans les pays qui valorisent énormément la réussite individuelle dès l’âge le plus jeune.

Est-ce qu’il se présente de la même manière partout dans le monde ?

Nous sommes donc dans un pays où l’échec est mal vu. Je pense que cela va mieux ces dernières années, mais cela reste quand même quelque chose de difficile en France. Est-ce que nous vivons le syndrome de l’imposteur en Europe ou en France comme nous pouvons le vivre aux États-Unis ? 

Adrien Chignard : Nous le vivons un petit peu différemment parce que les États-Unis ont introduit il y a quelques années quelque chose qui est très intelligent appelé le FailCon ou Fail Convention où vous avez des grands patrons qui viennent publiquement dire tout ce qu’ils ont foiré : « là, j’ai raté », « là, je me suis trompé », « là, nous avons fait une stratégie marketing qui est passé complètement à côté de notre cible », « nous avons perdu des parts de marché de dingue parce que nous avons fait des grosses erreurs ». 

Ce faisant, ils démystifient le rôle du manager ou du patron. 

Rendez-vous compte, en France nous mystifions énormément les capitaines d’industrie, nous laissant imaginer que quelqu’un comme Bernard Arnault a des qualités humaines qui seraient diamétralement supérieures aux autres, ce qui est complètement faux. Il n’y a pas de qualités humaines supérieures chez ces personnes-là, ce sont des êtres humains comme les autres qui font ce qu’ils font pour tout un tas de raisons. 

Cette mystification du patron, du manager, du chef d’entreprise va générer ce qu’Elfie disait il y a quelques instants. Toi, quand tu arrives à ce moment-là, tu te dis « je ne peux pas être aussi grand que ceux-là, je n’ai pas les qualités humaines supérieures pour être un grand ou une grande capitaine d’industrie ». Moi-même, quand j’ai créé Sens et Cohérence il y a 10 ans, je me disais « les gens vont se rendre compte que je ne suis qu’un petit psy de 30 ans qui fait ce métier-là ». 

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Cette mystification des capitaines d’industrie ou des grands patrons génère chez les autres un sentiment de comparaison sociale qui est systématiquement défavorable. Aux États-Unis, le fait d’avoir fait des Fail Convention met en lumière que, qui que nous soyons, nous allons faire des erreurs, nous allons commettre des impairs et il y aura des quiproquos, des erreurs stratégiques parce que l’erreur, l’échec est encapsulé dans le fait d’entreprendre. 

Toute nouveauté encapsule la nécessité de son échec ou la très forte probabilité de son échec. Ce qui veut dire qu’à chaque fois que nous entreprenons et que nous prenons des décisions, il y a une proportion non négligeable de fois où nous nous trompons. Ce n’est pas grave. Au contraire, il vaut mieux avoir cette lucidité de se dire « je me trompe parce que j’entreprends ». Comme si vous me disiez, par exemple, « je vais me lancer dans une histoire d’amour sans jamais avoir de conflit », j’aurais envie de vous dire « ne tombez jamais amoureux parce que ce n’est pas possible ». 

Si vous voulez vous lancer dans une aventure entrepreneuriale, sachez que vous allez échouer de temps en temps, comme tout le monde, et que cela est nécessaire à la capitalisation d’un savoir supérieur et spécifique par rapport à votre marché. Nous allons avoir des façons d’apprendre qui sont itératives, « j’essaye à gauche, cela ne marche pas trop, je remets un peu la barre à droite ». Cela s’appelle tout simplement la vie qui est faite d’une gamme d’états émotionnels large et jamais que de succès.

C’est très drôle parce que dans ma première expérience entrepreneuriale, j’avais créé une émission qui s’appelait « On n’a tous droit à l’erreur » dont l’objectif était d’inviter des personnalités, hommes ou femmes politiques, patrons d’industrie, pour parler de leurs plus grosses erreurs en tant qu’entrepreneurs. J’ai eu énormément de mal à la produire et la lancer. 

Un jour, nous avons tourné un épisode et le service de communication d’une grosse société française qui produit des tablettes et des téléphones français, que vous connaissez peut-être, je ne vais pas donner le nom, a refusé sa diffusion parce qu’elle était « trop négative » pour la marque et pour la personnalité du PDG. Alors que l’objectif était avant tout de valoriser l’erreur parce qu’elle fait partie de la vie professionnelle. Je faisais cela autour de l’association des apprentis de France que j’ai fondée il y a maintenant 12 ans. L’objectif était de montrer aux jeunes et à ceux qui étaient les plus éloignés de l’emploi que les plus grands se plantent aussi. 

Syndrome de l’imposteur, que faire pour le vaincre ?

Elfie, comment arrives-tu à vaincre ce syndrôme ? 

Elfie Morel : D’abord, je pense qu’il est important de prendre du recul sur ce que nous faisons et de nous auto-féliciter quand nous passons des étapes. Célébrer chaque petit succès que nous avons dans notre vie professionnelle, en nous disant « j’ai fait ceci et cela cette année, ce n’est pas rien ». Certes, nous avons toujours de l’aide extérieure parce que nous n’entreprenons jamais tout seuls. Par contre, c’est nous qui faisons avancer le projet. 

Il faut se dire « j’ai réussi à faire cela, ce n’est pas que de la chance », savoir soi-même se valoriser et faire une pause pour pouvoir voir ce qui a été accompli. Quand j’ai la tête dans le guidon, j’ai souvent l’impression de ne pas avancer, de ne pas aller assez vite, que j’aurais dû lancer le projet il y a un moment, que les autres vont plus vite et font mieux. 

Quand je passe une étape, je me dis « cette année, j’ai quand même fait ceci et cela, je me suis formée là-dessus, je n’y connaissais rien au départ mais je sais le faire aujourd’hui ». Il faut essayer d’être plus gentil avec soi-même. Je pense que nous sommes notre propre ennemi parce que nous nous sabotons en nous dévalorisant.

En plus, nous avons parfois une image extérieure qui n’est pas du tout la même. Nous ne nous sentons peut-être pas légitimes des fois, alors que les gens de l’extérieur nous voient comme quelqu’un qui est motivé et qui va à fond. Nous avons des fois une image totalement décalée entre ce que les gens perçoivent de nous et ce que nous percevons de nous-mêmes. Nous sommes souvent très sévères avec nous-mêmes. Il faut donc essayer d’être moins sévère avec soi-même et de se féliciter régulièrement sur ce qui est fait.

Adrien, par rapport à ce que vient de dire Elfie, est-ce que ce sont les outils à utiliser, y a-t-il des astuces quand nous sommes personnellement concernés par ce syndrome ? 

Adrien Chignard : Effectivement, il y a des astuces au niveau individuel et au niveau organisationnel. Quelque chose qui fonctionne plutôt bien, ce que disait Elfie, est le fait de faire les attributions causales un petit peu différentes. Se coucher le soir en essayant de se dire « qu’est-ce que j’ai bien fait dans ma journée ? » C’est un truc que je fais depuis 10 ans. « J’ai fait un bon rendez-vous avec un client, un bon feedback à mon équipe », « j’ai fait une belle intervention ». Essayer de trouver en soi des qualités qui viendraient expliquer ce succès dans la journée. « Ce matin, j’ai fait une bonne interview avec Elfie et Morgan, c’est parce que je maîtrise bien mon sujet et c’est quelque chose que j’ai bien bossé ». Le fait de se refaire des attributions causales positives permet de se rendre compte d’avoir une vision de soi qui est un petit peu moins faussée.

Il faut avoir à l’esprit que nous avons tous ce que nous appelons un langage interne maltraitant. En psychologie, le langage interne maltraitant est cette petite voix qui vous dit « tu n’es pas assez rapide », « tu es trop gros », « tu es trop petit », « tu n’es pas assez intelligent », « les autres sont meilleurs que toi ». Le langage interne maltraitant a une fonction qui nous sert à éviter d’être exclu du groupe. 

L’inclusion dans un groupe est l’un des déterminants de notre survie. Pour la survie de l’espèce, nous avons besoin d’être intégrés à un groupe, nous craignons d’en être exclus, donc nous avons notre petite voix interne qui nous dit « tu n’es pas comme ci, tu n’es pas comme cela » pour nous forcer à faire un peu plus et pour être toujours intégré au groupe. 

Pour faire en sorte de faire ce que nous appelons la défusion cognitive, c’est-à-dire comprendre que ce langage interne maltraitant, ce n’est que notre cerveau qui nous raconte une histoire qui n’est pas vraie, il est important de se refaire un point soi-même le soir avant de se coucher sur ses réussites et les attribuer à des qualités personnelles. Nous pouvons aussi demander des feedbacks à nos clients, à nos pairs, à notre équipe. 

Même s’il est un peu difficile au départ, quand nous sommes entrepreneurs, de croire que ce que l’on nous dit est vrai, parce que celui qui a le syndrome de l’imposteur va imaginer que l’on lui dit cela par gentillesse ou que c’est de la condescendance, cela rentre au bout d’un moment. 

Il faut avoir à l’esprit que nous sommes des êtres sociaux et que nous façonnons notre image de nous-mêmes en fonction des feedbacks que nous recevons du monde. Si nous avons une culture de feedback et que nous en demandons régulièrement, cela nous permet de nous ré-étalonner sur notre façon d’être et de prendre tout doucement confiance en nous. 

Puis, n’oublions pas que la confiance en soi est toujours la conséquence d’une somme d’expériences préalables réussies. Plus nous expérimentons des choses nouvelles, ce que nous appelons le modèle broaden-and-build en psychologie, plus nous forçons notre esprit à s’y habituer, plus nous développons ce que nous appelons un répertoire de réponses comportementales plus large. 

En gros, plus tu testes des choses nouvelles dans ta vie, plus tu apprends à te sortir des situations complexes, meilleure est ta confiance en toi, plus ton syndrome de l’imposteur baisse. Je ne sais plus si c’est le philosophe Alain qui disait « le secret de l’action, c’est de s’y mettre ». Allez-y !

D’accord. Est-ce que l’autre peut avoir un impact, si nous sommes déjà atteints de ce syndrome de l’imposteur ? Par exemple, avoir une remarque un peu négative sur un projet, ce que disait Elfie tout à l’heure, en tant qu’entrepreneur, ou même en tant que manager, quand nous entendons « cela ne marchera pas », « ce n’est pas une bonne idée », « tu es trop susceptible », « tu n’es pas assez organisé », nous avons souvent des gens qui ont ces petits commentaires un peu négatifs qui peuvent aussi alimenter ce syndrome. Je ne sais pas si tu l’as vécu, Elfie.

Elfie Morel : Bien sûr que cela arrive, il y a toujours des personnes qui vont avoir cette petite phrase ou qui ne croit pas forcément à mon projet, par exemple. 

Néanmoins, il faut réussir à se détacher de cela, de prendre plutôt le positif et de laisser le négatif de côté. Nous disons beaucoup dans l’entrepreneuriat que l’important est de bien s’entourer. Moi je m’entoure de personnes qui croient en moi et en mon projet, qui vont me porter, m’apporter du positif, me booster. Si jamais il y a une personne qui me dit quelque chose qui me freine, je vais tout simplement m’éloigner de cette personne parce qu’elle ne va pas m’apporter du bien, elle ne va pas m’aider à avancer. 

Au contraire. Nous sommes obligés de faire des choix et de plus ou moins nous éloigner des personnes qui ne nous boostent pas. En tout cas, je préfère faire comme cela. Effectivement, si nous n’entendons que du négatif, cela nous impacte au bout d’un moment et nous empêche d’avancer. 

Adrien Chignard : Oui. Il faut avoir à l’esprit que quand nous avons quelqu’un qui nous fait une critique, la critique est audible, il est important de l’entendre, mais il est surtout important de la préciser ou de la factualiser. 

Bien souvent, quand nous nous lançons dans l’entreprenariat, nous entendons ce que nous appelons des critiques vagues, des critiques qui ne sont pas explicitement ancrées sur un comportement spécifique, une situation spécifique ou une attitude spécifique. 

Quelqu’un qui vous dit « je te trouve un peu dilettante », c’est une critique vague. À quel moment, dans quelle situation, qu’est-ce qui t’amène à dire cela ? 

Effectivement, il est possible que nous commettions des impairs, que nous soyons un petit peu indélicats dans notre communication, il est important de nous en rendre compte. Si quelqu’un vous dit « écoute, quand tu m’as dit cela, cela m’a franchement choqué, j’y ai pensé toute la soirée », « qu’est-ce que je t’ai dit et à quel moment ? » Si cela est vrai, puisque nous ne sommes pas parfaits, il nous arrive parfois de dire des choses un peu rapidement ou d’être indélicats sans le vouloir, dans ces cas-là, quand la personne précise sa critique, nous la trouvons légitime, nous formulons des excuses et nous passons à autres choses. 

Il est important de faire spécifier la nature des critiques qui nous sont portées. Comme le disait Elfie, quand nous nous lançons dans l’entreprenariat, il n’est pas rare au départ d’avoir des amis ou de la famille même qui vous dise « es-tu sûr ? », « moi je ne suis pas sûr que tu es taillé pour cela », « tu vas quitter ta sécurité de l’emploi », « c’est quand même un projet risqué ». Ces personnes parlent plus de leurs propres peurs que de votre situation et elles projettent sur vous les peurs qui sont les leurs. 

Si vous leur demandez de factualiser, de préciser, vous allez rapidement vous rendre compte que ce sont leurs propres craintes qui sont évoquées mais que vous n’êtes pas concerné dans l’histoire. Elles vous disent cela, mais elles se parlent à elles-mêmes. Le fait de savoir que la critique ne vous concerne pas, que c’est simplement l’expression des appréhensions d’autrui, cela vous permet de dire « je comprends que l’entreprenariat te faire peur, mais ce n’est pas le cas pour moi. En tout cas, s’il me fait peur, j’ai décidé de surmonter mes peurs et d’y aller. À partir de maintenant, s’il te plait, j’ai besoin que tu m’aides plutôt que tu me freines en me parlant de tes propres appréhensions. » Soit l’autre est en capacité à l’entendre et c’est heureux, soit il ne l’est pas et rumine un petit peu ses propres histoires à haute voix. 

Effectivement, comme le disait Elfie, au moment où nous nous lançons, ce sont des personnes dont il faut mieux s’en détacher un petit peu, temporairement. Il ne s’agit pas d’arrêter de parler avec les gens. Si elles viennent alimenter votre réservoir d’anxiété, ce n’est pas nécessairement ce dont vous avez besoin quand vous créez une entreprise puisqu’il est déjà suffisamment bien alimenté par vos propres craintes. 

Est-ce que le syndrome de l’imposteur peut créer aussi une envie de revanche dans le futur ? On m’a empêché de faire des choses, on m’a créé de l’anxiété, on m’a fait des commentaires négatifs, j’ai envie d’avancer encore plus vite pour me venger de tous ces gens ou de ce « sentiment » qu’on essaye de me pousser vers le bas. Est-ce que tu as ce sentiment aujourd’hui, Elfie ? 

Elfie Morel : Moi je ne l’ai pas eu forcément par rapport à l’entreprenariat mais d’une première expérience avec une chef qui n’était pas très sympa et qui m’avait dit un jour « de toute façon, tu ne pourras jamais être cadre, être manager, avoir des responsabilités parce que tu n’as pas les épaules pour, tu n’as pas le profil, tu n’y arriveras pas ». 

À ce moment-là, c’était ma première expérience professionnelle, on n’a pas beaucoup de confiance en soi quand on débute, cela m’avait totalement détruite. Ensuite, avec le recul et le temps qui est passé, j’ai effectivement eu plutôt l’impression de prendre un peu ma revanche sur ce qui m’a été dit. 

Souvent, j’y repense et je me dis que j’aimerais bien la recroiser pour dire « aujourd’hui, j’en suis là, j’ai été cadre et je suis maintenant en train de créer mon entreprise, tout ce que tu as dit est finalement faux, je me suis donné les moyens pour faire ce que j’avais envie de faire ». C’est vrai que je l’ai ressenti à ce moment-là et cela m’a plutôt boostée en me disant que je vais prouver à cette personne qu’elle a tort. 

Est-ce que ce retour d’expérience est un phénomène qui est normal, Adrien ? 

Adrien Chignard : Ce sont deux choses différentes. La volonté de se décoller d’une image que l’on nous a collée, ce n’est pas nécessairement quelque chose qui a à voir avec le syndrome de l’imposteur. 

Pour autant, cela est quand même intéressant. Si nous faisons du partage d’expériences, je me souviens aussi de mon tout premier patron qui me disait « tu es beaucoup trop humain pour être un bon numéro un ». 

J’ai créé ma boite il y a 10 ans, j’ai un turnover de 0% alors que lui en a de 85%, donc je me dis que peut-être que l’humanité managériale est finalement ce qui fidélise les gens. Ce n’est pas nécessairement quelque chose qui est en lien avec le syndrome de l’imposteur directement, c’est simplement quelque chose qui est en lien avec le fait que l’on nous donne des feedbacks qui en disent plus de la personne qui les émet que de vous, qui en disent plus de l’émetteur que du récepteur, comme s’il y avait une uniformité des profils de créateur d’entreprise. 

Il y a plein de profils de créateurs d’entreprise, nous pouvons être une Elfie comme nous pouvons être un Adrien ou un Morgan. Il y a une gamme de méthodes managériales, de secteurs d’activité, de segments de marché qui sont très larges. Il y a différentes façons de fonctionner. 

Nous avons effectivement, les uns et les autres, une satisfaction personnelle d’avoir pu nous débarasser des feedbacks négatifs que l’on nous a donnés. Nous connaissons tous celles et ceux qui étaient perçus comme étant des mauvais élèves quand ils étaient au collège, à qui l’on a dit « tu ne réussiras jamais, tu finiras par aller en CAP » et qui ont aujourd’hui des grandes entreprises de couverture, qui sont des employeurs heureux, des managers super. 

Je crois que nous avons tous connu cette époque-là où les métiers manuels étaient très décriés, aujourd’hui ce sont des métiers sur lesquels il y a de vraies pénuries, des personnes qui ont des talents fous. Moi je sais que celles et ceux que je côtoie aujourd’hui, dont les chefs d’entreprise, me disent « on m’a dit toute ma vie que j’étais un nul et aujourd’hui je suis content d’avoir réussi ce que j’ai fait, je sais d’où je viens et je valorise le travail de mes salariés, parce qu’on m’a dit toute ma vie que c’était un travail pour les nuls et je vois combien nous sommes nécessaires aujourd’hui ». C’est effectivement une façon de se rappeler d’où l’on vient et c’est une façon de montrer une forme d’humilité par rapport à qui nous sommes et de valoriser le travail des autres. Si les messages désagréables que nous avons reçus nous servent à nous sentir un peu mieux aujourd’hui et à respecter, considérer et reconnaître la dureté de certains métiers, c’est heureux pour celles et ceux qui sont désormais reconnus.  

Syndrome de l’imposteur, comment l’identifier dans son équipe ?

Quand on est une manager et qu’on gère une équipe, comment repère-t-on qu’un salarié a ce syndrome de l’imposteur ? Comment va-t-on l’identifier ? 

Adrien Chignard : Il est facile à identifier puisque, là encore, ce sont des personnes qui vont avoir des mauvaises attributions, c’est quelqu’un qui va toujours vous dire non quand vous le félicitez, qui est assez mal à l’aise avec le feedback positif. 

Quand vous lui dites « bravo, c’était une belle présentation au Codir », « tu as fait un super projet chez le client », il vous dit « là, franchement, j’ai eu vachement de chance, le client était sympa, il faisait beau, la pièce était belle, il y avait un vrai besoin du client, les équipes avant-vente ont fait du bon boulot ». 

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C’est quelqu’un qui, à chaque fois que vous lui faites un feedback positif, va distribuer les bons points aux autres sans jamais s’en attribuer lui-même. Ce n’est pas à confondre avec de la fausse modestie. Il y a des gens qui sont experts de cette fausse modestie qui ne sert qu’à les mettre en lumière par la suite. 

L’imposteur est vraiment quelqu’un qui va avoir un niveau de tension qui est fort parce qu’il a le sentiment d’inauthenticité vis-à-vis des autres. Quelqu’un que nous sentons souvent assez stressé parce qu’il a systématiquement peur d’être découvert. Il va avoir du mal à accepter que l’on lui fasse des critiques positives et qui va être très dur envers lui-même en disant « je n’ai pas bien réussi, j’aurais pu faire mieux, j’aurais pu faire différemment », celui qui voit beaucoup le verre à moitié vide plutôt qu’à moitié plein. 

Ce sont de bons indicateurs de la perception que nous avons de lui. C’est la raison pour laquelle, en entretien annuel d’évaluation qui est maintenant fait tous les ans dans les entreprises, c’est quelque chose que nous pouvons évaluer avec la personne pour voir où se situe la personne par rapport aux attentes que nous avons d’elle-même. Comment te sens-tu dans ton poste ? Est-ce que tu as l’impression d’être à la hauteur de ce que nous attendons de toi ? 

D’accord. Le rôle du manager est de faire en sorte que tout le monde soit bien dans l’équipe et à sa place. Est-ce qu’il y a des tests officiels ? Est-ce qu’il y a des choses pour tester la personne ou se faire tester soi-même ? 

Adrien Chignard : Il y a une échelle qui a été traduite en langue française il y a maintenant une dizaine d’années de cela et qui permet effectivement d’évaluer le degré de syndrome de l’imposteur des personnes. 

D’accord. Est-ce qu’il faut voir un psychologue du travail ? Est-ce que nous le trouvons sur internet ? Est-ce qu’il faut lire un bouquin ? Quel est le conseil ? 

Adrien Chignard : Il faut voir un psy qui dispose d’une habilitation spécifique à faire passer des tests psychométriques. Il pourra vous le faire passer s’il dispose de ces tests-là. 

Syndrome de l’imposteur, comment aider ceux qui en souffrent ? 

D’accord. Aujourd’hui, en tant que manager, quelles sont les techniques managériales qui sont mises en place pour faire en sorte que notre salarié sorte un peu de ce syndrome ? Qu’est-ce que nous devons mettre en place ? Est-ce que nous devons lui dire « j’ai l’impression que tu as le syndrome de l’imposteur », ce qui est quand même un peu direct, ou est-ce qu’il y a des choses plus subtiles ? Les managers peuvent souvent le ressentir mais restent quand même assez froids sur le sujet ou peuvent passer à côté vis-à-vis des autres personnes de l’équipe. Comment aide-t-on la personne qui est aujourd’hui bloquée sur ce point ? 

Adrien Chignard : Globalement, nous pouvons avoir à l’esprit qu’il y a quelque chose dans le management qui reste assez essentiel, c’est de créer ce que nous allons appeler un climat de sécurité psychologique. 

Un climat de sécurité psychologique dans une équipe est la possibilité laissée aux personnes de dire leur vulnérabilité sans que le manager ne s’en serve pour re-générer de la culpabilité ou affirmer sa propre supériorité. C’est la possibilité laissée dans une équipe de ne pas valoriser uniquement les meilleurs et les succès, un peu comme ce que disait Elfie au départ. 

C’est la possibilité laissée en réunions d’équipe de façon formelle de demander : « qu’est-ce qui est difficile ? », « est-ce que vous avez des besoins ? », « est-ce que vous avez des difficultés ? », « est-ce qu’il y a des sujets qui sont sensibles ? ».

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C’est la possibilité que nous laissons à nos collaborateurs de dire « je ne suis pas d’accord », « je flippe, j’ai peur », « j’ai honte », « je suis coupable », « je ne me sens pas bien ». L’expression de ces émotions pénibles est extrêmement importante. Nous ne pouvons pas permettre l’expression des choses positives seulement. L’expression, c’est faire sortir la pression. Nous ne pouvons pas valoriser uniquement ce qui fonctionne bien, sinon cela culpabilise celles et ceux qui se sentent mal et c’est la double peine. Non seulement je me sens mal, mais en plus je me sens coupable de me sentir mal. Un manager qui permet aux uns et aux autres de dire leurs doutes, leurs craintes, leurs appréhensions, leurs peurs, c’est quelqu’un qui va faciliter l’expression de ce syndrome de l’imposteur et qui va donc faire baisser la pression par rapport à tout cela puisqu’il s’agit d’exprimer ce que nous ressentons pour pouvoir mieux le gérer par la suite. 

À chaque fois que nous sommes en capacité de valoriser autant les moments positifs que les moments difficiles dans une équipe pour en faire quelque chose collectivement. C’est ce que nous appelons du sens making en psychologie, comment, à partir d’une situation de crise, nous allons essayer d’élaborer des scénarios de sortie de crise qui nous permettent de comprendre comment nous vivons les choses et ce que nous pouvons faire par rapport à cela. 

Le climat de sécurité psychologique, scientifiquement, est extrêmement corrélé à la performance de l’équipe. Une équipe dans laquelle seuls les meilleurs ont droit de s’exprimer est une équipe qui dysfonctionne très rapidement. 

À qui partager nos difficultés quand nous entreprenons seuls ?

C’est super intéressant. Je ne sais pas si Elfie travaille toute seule aujourd’hui ou si elle commence à avoir ses premiers stagiaires, apprentis, salariés. Quand on est tout seul entrepreneur, on n’a pas l’autre pour pouvoir partager et faire ressortir toutes nos difficultés. Elfie, à qui parles-tu ?

Elfie Morel : Moi je parle à d’autres entrepreneurs parce qu’ils vivent la même chose que moi, nous avons généralement les mêmes difficultés, les mêmes craintes, les mêmes problèmes. Partager là-dessus soulage beaucoup, cela enlève la pression parce que je me rends compte qu’eux aussi vivent la même chose ou alors ils ont vécu des choses avant nous qu’ils ont surmontées de telle ou telle manière, donc ils peuvent donner des conseils. 

J’ai vraiment découvert cela avec l’entreprenariat qu’il n’existe pas dans le salariat. Vous me direz ensuite si vous êtes d’accord ou pas. Je trouve qu’entre entrepreneurs, il y a beaucoup d’entraide. Nous pouvons être sur des différents secteurs, avoir des projets totalement différents, j’ai même des fois des entrepreneurs qui sont dans le même secteur que moi, nous pourrions même presque être concurrents, mais nous allons quand même nous donner des conseils, des astuces, nous allons travailler ensemble parce que nous nous disons que nous pouvons nous entraider. 

Nous ne nous voyons pas comme des concurrents, nous nous disons que le marché est assez grand, que la part du gâteau est assez grande et qu’il est finalement mieux de nous entraider. Quand on débute comme moi, quand on se lance dans l’entreprenariat, on a besoin d’un maximum d’aides possibles. 

Est-ce que ce n’est pas un problème avec eux de parler d’émotions, de difficultés ? Ils pourraient se dire « garde tes problèmes, j’en ai déjà assez ». Nous avons souvent tendance à nous éloigner des problèmes des autres. 

Elfie Morel : Je ne trouve pas parce que c’est un échange, cela va dans les deux sens. Nous ne partageons pas non plus que le négatif. Bien sûr, il faut aussi se dire quand tout va bien. Par exemple, j’étais dans un incubateur qui est pour l’entreprenariat au féminin, cela s’appelle Les Premières, nous étions une promotion de femmes, nous avions des projets totalement différents et nous avons avancé ensemble. Cela nous a vraiment créé un lien. 

J’ai terminé le programme il y a un an. Aujourd’hui, nous sommes encore en contact et nous nous partageons les hauts ainsi que les bas. Nous nous le disons quand tout va bien et nous nous félicitons. Quand quelque chose ne va pas, nous partageons également nos problèmes. 

Je me dis toujours que si quelqu’un vient me poser des questions ou me dire « j’ai des problèmes là-dessus », je vais avoir envie de l’aider parce que je serais contente à sa place que quelqu’un me réponde et m’aide ou me donne des conseils. Je l’ai eu, donc je rends la pareille tout simplement.

Quand les gens ne sont pas ouverts à cela, Adrien, y a-t-il des astuces ? 

Adrien Chignard : Ce qui va être important, c’est effectivement de partager. Nous savons que le soutien social est le premier rempart contre la détresse psychologique en situations de travail et qu’avoir du soutien de pairs est quelque chose d’important. 

Nous l’avons tous déjà vécu intuitivement. Quand vous avez un coup de calgon, quand vous n’allez pas hyper bien et que vous partagez cela avec un ami, le poids émotionnel est plus léger si vous le répartissez sur plusieurs épaules. Là, c’est la même chose. 

Puis, quand on est notamment entrepreneur, mais cela vaut aussi pour d’autres profils, c’est ce qui va permettre de normaliser nos émotions pénibles. « Ah toi aussi tu flippes ? », « ah toi aussi tu doutes ? », « ah toi aussi, parfois tu as l’impression que tu t’es lancé dans un projet qui ne va pas tenir la route ? » Il est normal que ces états émotionnels transitent au travers de notre esprit. Le fait de ne pas se sentir seul à le vivre, cela nous permet de normaliser et à nous dire « ah c’est normal, je ne suis pas tout seul, je ne jette pas l’opprobre sur mes propres épaules pensant que je ne suis pas capable ». D’abord, nous normalisons les émotions qui sont pénibles. 

Ensuite, j’ai effectivement la même stratégie qu’Elfie, j’échange avec mes concurrents. Nous sommes un tout petit monde, nous nous connaissons très bien. J’ai effectivement pas mal de copains qui sont chefs d’entreprise dans le même secteur d’activité que moi, nous sommes parfois concurrents chez les mêmes clients. Néanmoins, nous pouvons être adversaires sans être ennemis. Nous pouvons ne pas toujours être d’accord. Nous pouvons être en concurrence et nous respecter. Je trouve que la concurrence me fait du bien. J’ai des concurrents qui honorent mon métier. J’ai l’une de mes concurrentes qui a un cabinet qui marche formidablement bien, qui s’appelle Jeanne, avec qui j’échange souvent. 

Nous sommes souvent seuls quand nous sommes chefs d’entreprise. Moi j’ai la chance d’avoir une super équipe avec qui je partage mes doutes, mes craintes et mes insatisfactions. J’ai trois façons de me penser comme manager, ce n’est pas l’objet de ce que nous allons nous dire, mais la nécessité de jouer un peu de temps en temps les tupperwares. Avec l’équipe, nous nous le disons quand nous en avons marre, quand c’est nul, quand c’est casse-pied, et nous nous le disons avec des mots parfois un peu plus vulgaires. Il est important de pouvoir partager tout cela. Il est parfois normal d’en avoir plein le dos et de pouvoir le partager avec les uns et les autres. 

Puis, l’idée est de se dire que parfois certaines personnes ne sont effectivement pas ouvertes à cela, mais ce n’est pas tant une caractéristique personnelle qu’une caractéristique conjoncturelle. Nous avons des moments dans la vie où nous nous disons « le réservoir est plein, je n’ai pas envie, je ne peux plus rien accepter ». Toutefois, dans quelques semaines, quand tu seras à un autre moment dans ta vie, tu seras beaucoup plus enclin à écouter. Moi j’essaye toujours, même avec mes clients, de parler parfois de mes craintes, de mes appréhensions, de mes doutes, de mes satisfactions. 

Nous voudrions que les autres nous comprennent, mais nous oublions que nous avons parfois des difficultés nous-mêmes à exprimer ce que nous ressentons. Moi je suis un grand expressif, j’exprime tout le temps. Parfois, c’est capté. Parfois, ce n’est pas le cas. En tout cas, cela donne le sentiment d’une sincérité, d’une authenticité relationnelle avec ses clients. J’ai créé ma première entreprise il y a 12 ans maintenant, je n’ai perdu aucun client en 12 ans. Je ne suis vraiment pas le meilleur des psychologues de travail qui existent, il y en a plein des super psychologues de travail, mais cette dimension relationnelle et authentique dans la relation que nous créons avec les autres fait que nous allons aujourd’hui nous attacher à une marque ou à des professionnels.

Pour Elfie, l’idée est bien sûr d’avoir les meilleurs produits du marché, mais également d’avoir une histoire à raconter autour de ces produits et une personnalité à laquelle on va avoir envie de s’attacher, de suivre. Quelqu’un qui a les meilleurs produits mais qui est une ordure ne va pas nécessairement réussir longtemps sur le marché.